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Publié le vendredi 17 juillet 2020

Ceux qui font la « une » des journaux, ceux dont les journalistes se « gargarisent » en attente du feuilleton de juillet. Pour nous autres, les locaux ou nos voisins héraultais, cette petite route aux pentes redoutables n’a aucun secret.

C’est la route de la montagne, celle qui grimpe vers l’Aigoual. Nous l’empruntons aux heures chaudes de l’été pour retrouver la fraîcheur des cimes, à l’automne pour la cueillette des champignons, pour une balade pédestre sur le sentier des écureuils, sur le parcours de découverte des mouflons ou tout simplement pour admirer ce merveilleux moutonnement de serres et de valats qu’offrent nos chères Cévennes. Par contre, pour les amoureux de la Petite Reine, elle constitue un obstacle redoutable.

Cette route communément appelée « Cap de Côte » en Pays Viganais, possède plusieurs bases. Depuis la vallée de l’Arre, deux points de départ possibles. Le Vigan, bien sûr. C’est la promenade des châtaigniers qui ouvre la voie par la route neuve qui contourne le Pain de Sucre (pas celui de Rio !) afin d’atteindre le carrefour des quatre chemins. De là, changement de versant pour rejoindre Gaujac, puis elle franchit le col des Mourèzes. La route se rétréci sérieusement au Mas Fadat et au hameau de la Peyre puis débouche sur la Mairie de Mandagout, point de départ de cette fameuse Lusette. Plus confidentiel, mais très agréable, le départ du Rey (face au château) offre une autre alternative. Une route en toboggan remonte cette étroite vallée où la culture de la  pomme reinette occupe une grande partie de l’espace. Elle traverse le hameau de l’Arboux, frôle celui de Costubague avant de grimper sérieusement vers Navoux et dans la foulée toucher les premières maisons de Beaulieu, chef-lieu de cette magnifique commune de Mandagout.

 

De son côté, la vallée de l’Hérault ne dispose que d’une seule possibilité pour approcher le Serre de la Toureille. Mais cet accès recèle une grande beauté,  un condensé de Cévennes en quelques kilomètres ! C’est du Mazel qu’il faut grimper par l’étroite vallée de Taleyrac où la culture de l’oignon doux règne en maître, sur des terrasses exposées plein sud. Passé le pont de la Valette, la route s’élève brutalement en lacets dans la châtaigneraie. Au col de Peyrefiche, l’horizon s’ouvre et la forêt laisse place à une lande de genêts et de bruyères. Il faut encore négocier  quelques  rampes meurtrières pour basculer sur l’autre versant. Au col des Vieilles, une rapide descente nous ramène au lieu-dit de Puech-Arnal.

Voilà, pour  la localisation de cet obstacle que les coureurs du Tour de France cycliste devront affronter dans l’après-midi du jeudi 3 septembre prochain. Il convient maintenant de disséquer cette ascension qui ne peut laisser indifférents les mollets de tout cycliste qui se respecte. La Direction des routes du Conseil Départemental a placé des bornes à chaque kilomètre sur lesquelles figure le pourcentage moyen des mille mètres à venir. C’est une indication, certes, mais la pente est tellement irrégulière que des surprises peuvent se lover au détour de chacun des virages.

La première partie de la grimpée, de la Mairie de Mandagout à la Borie de Randon, est une succession de rampes sèches, parfois brutales et de replats qui autorisent quelques courts répits. Une fois passé le ruisseau qui arrose le lieu-dit précité, les choses sérieuses commencent, une épingle à cheveux et une longue ligne droite raide et ténue qui n’en finit plus. Au parking de la DZ, la forêt s’effiloche et le soleil darde le bitume ; gare aux brûlantes après-midi  de l’été.

Sur les pentes dénudées du Serre de la Toureille, la route décrit un grand Z taillé dans le granit. Passage très aérien, offrant de vastes panoramas vers le Sud mais la chaussée semble grimper au ciel. Sur deux roues, c’est un dur combat qui s’engage entre la route qu’il faut maitriser et le cycliste qui doit contrôler son rythme cardiaque.

Le moment de bravoure s’annonce avec le retour de la forêt. Là, le ruban d’asphalte se cabre et garde un pourcentage élevé sur de nombreux hectomètres  à plus de 10%.  Son point de paroxysme se situe dans  les terribles lacets du refuge de Cap de Côte. Là, sur de courts segments,  la déclivité de la pente atteint les 17% ! Ce passage marque à tout jamais l’esprit du cycliste qui découvre cet épouvantail cévenol. Ce col n’a rien à envier à ses homologues alpins ou pyrénéens. D’ailleurs, il sera intéressant de recueillir les confidences du peloton au soir du 3 septembre. Passé le gîte-refuge ça grimpe toujours mais sur un ton en dessous jusqu’au lieu-dit « la tombe d’André Chamson ». Il  est à noter que cette partie sommitale qui recèle les passages clé  de cette redoutable grimpette est située sur la commune d’Arphy. A quelques arpents de là, le paisible plateau forestier de Montals s’écroule subrepticement pour donner naissance aux impressionnantes cascades d’Orgon.

Le final est tout doux jusqu’au dernier raidillon qui autorise la descente vers l’Espérou et surtout offre la vision du panneau signalétique tant convoité « col de la Lusette – 1351m ». C’est la délivrance, la fin d’un combat entre la route, l’homme et le vélo. Joie, bonheur, souffrance ou martyr seront le sort de tout un chacun. Le souvenir, lui, sera ancré pour une vie avec parfois l’envie d’y revenir une  nouvelle fois, d’y accompagner un ami.

Bien malin qui peut décrire le scénario du film que nous proposeront les coureurs de la grande boucle dans quelques jours. Une échappée au long cours, le récital d’un grimpeur ailé ou bien une ascension maîtrisée par les équipiers du Maillot Jaune ? Gardons en mémoire cette maxime bien connue dans l’univers du cyclisme : «  les organisateurs proposent, les coureurs disposent ». C’est d’ailleurs toute l’alchimie de la course cycliste. Espérons tout de même que note chère Lusette sera le théâtre d’une passe d’arme mémorable qui enflammera la presse internationale et lui offrira ainsi les lettres de noblesse qu’elle mérite tant.

Guy Cambéssèdes

 

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